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La tomate est originaire des Andes d'Amérique
du Sud, où l'on trouve encore aujourd'hui des
formes sauvages. On croit que l'ancêtre de l'espèce
cultivée pourrait être la tomate cerise,
Lycopersicon esculentum var. cerasiforme. Introduite
en Amérique centrale et au Mexique à une
époque préhistorique (il y a plus de 2
000 ans) par le vent, les cours d'eau, les oiseaux ou
les Indiens migrant vers le nord, elle a trouvé
là un terrain fertile à son établissement.
Tandis qu'elle ne semble pas avoir été
consommée par les autochtones de son aire d'origine,
elle a au contraire été adoptée
dans l'alimentation des Mexicains qui, par sélection,
ont obtenu de nombreuses variétés. En
effet, lors de la conquête, les Espagnols découvrirent
au marché de la ville de Tenochtitlan, la capitale
aztèque, plusieurs types de tomates de couleurs,
saveurs et formes diverses.
Comme toutes
les plantes d'origine américaine découvertes
à cette époque, la tomate fut d'abord
introduite en Espagne au XVIe siècle. Les Espagnols
et les Italiens seront les premiers à l'adopter
comme aliment, mais il faudra attendre tout de même
deux siècles avant de la voir figurer dans un
livre de cuisine. C'est que l'odeur peu engageante de
ses feuilles et de ses tiges, de même que sa ressemblance
avec les plantes toxiques de la famille des solanacées
(jusquiame, datura, mandragore, etc.) inspire la méfiance.
On la cultivera donc d'abord comme objet de curiosité,
dans les jardins botaniques ou privés.
Par contre,
au XVIIIe siècle, on la cultive de façon
intensive en Italie et, à un moindre degré,
dans les autres pays d'Europe. Les Italiens effectueront
un travail considérable de sélection dans
le but d'obtenir des fruits plus gros, plus lisses et
à la peau plus épaisse, et mettront au
point une technique efficace pour les sécher
au soleil. On dit que leur intérêt pour
ce fruit viendrait de ce que, possédant de nombreuses
variétés de pâtes, mais peu de sauces
pour les relever, ils trouvèrent enfin là
matière à d'infinies variations. La quintessence
de la cuisine italienne pouvait enfin s'exprimer dans
tout son éclat, les pâtes ayant trouvé
leur parfait répondant. Beaucoup plus tard, lorsque,
par vagues successives, ils quitteront leur pays pour
l'Amérique, ils amèneront avec eux leurs
traditions culinaires qu'ils feront connaître
aux Nord-Américains, tout aussi méfiants
envers la tomate que l'étaient leurs ancêtres
anglais, qui recommandaient de la faire bouillir trois
heures pour en éliminer les principes toxiques.
Même si Thomas Jefferson, fervent jardinier et
cuisinier en même temps qu'homme politique, la
cultivait et en faisait des conserves, l'Américain
moyen continuera de croire, jusqu'au tournant du XXe
siècle, qu'elle est vénéneuse.
Feront exception à cette règle les Louisianais
qui, sous l'influence des Français, l'intégreront
à leur cuisine vers 1810-1820. La même
chose s'est produite en Chine où on ne l'adoptera
qu'au XXe siècle, bien qu'elle y ait été
introduite trois siècles auparavant.
La tomate
est la dernière venue sur la liste des aliments
d'importance commerciale mondiale. Victime de son succès,
elle a perdu, au cours de la deuxième moitié
du XXe siècle, les qualités organoleptiques
qui la caractérisaient auparavant, afin de satisfaire
aux exigences de la production industrielle. Toutefois,
depuis une dizaine d'années, des jardiniers collectionneurs
et des gourmets s'attachent à retrouver et à
reproduire les variétés anciennes et à
offrir ces semences, plants ou fruits à un public
d'amateurs.
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